Urgence Mali


Le bureau de l’APMM a reçu le 7 avril une délégation d’élus maliens conduite par Abdou Salam Ag Assalatt, le nouveau Président de l’Assemblée Régionale de Kidal et Arbacane Ag Abzeyack, le maire de la Communauté Urbaine de Kidal.

Le Président de l’APMM, Jean Lassalle, a aussitôt saisi les plus hautes autorités françaises et européennes sur la nécessité d’une intervention urgente en faveur du Nord Mali qui connaît une véritable catastrophe avec une sécheresse qui décime les troupeaux de cette terre de pastoralisme.

VIDEO de l’audition

COMMUNICATION DU PRESIDENT DE LA REGION DE KIDAL SUR LA SITUATION DANS LE NORD MALI

La Région de Kidal, située à l’extrême Nord du Mali, au sol essentiellement montagneux, est réputée, depuis la période coloniale, pour sa faible pluviométrie par rapport au reste du pays. Elle n’a que deux (et quelques rares fois trois) mois de pluies annuelles. Il est même arrivé qu’il ne pleuve pas durant toute l’année, sinon à peine comme ce fut le cas en 1913-1914, 1972-1973, et en 1984-1985. L’hivernage 2009 a été, lui aussi largement déficitaire, ce qui a ipso facto engendré un déficit considérable dans la régénération du couvert végétal et la recharge de la nappe phréatique. Et cette sécheresse sévit actuellement dans toute la zone sahélo-saharienne.

Les pluies aussi insuffisantes qu’irrégulières, sont assujetties à un ruissellement très fort. D’environ une moyenne de 150 à 200mm de précipitations annuelles, il arrive de manquer d’un hectolitre d’eau, 3heures seulement après une forte pluie. Les conséquences de ce ruissellement sont à la fois nettes et graves pour toute la Région. En plus de la dégradation des terres due à l’érosion engendrée, il faut lui attribuer que :

1 – La nappe phréatique n’a pas le temps d’être rechargée, et quand on sait qu’elle doit alimenter les puits pastoraux, eux-mêmes seules sources d’approvisionnement en eau pendant les 9 mois de saison sèche. Et Il faut le dire que les services techniques de l’hydraulique avaient tiré la sonnette d’alarme sur le tarissement précoce et inquiétant de la nappe. Les besoins en eau se répartissent en trois types :

  • besoins en eau potable des populations
  • besoins en eau des animaux
  • besoins en eau pour l’irrigation (maraichage)

La population est alimentée en eau de boisson à partir de puits de forages, connectés en  adductions d’eau pour Kidal et par des puisards et mares temporaires dans le reste de la région. En grande majorité  la principale source d’approvisionnement provient des puits ; en raison d’une vocation pastorale, et par la commodité de l’exploitation. La complexité de la nature des sols fait que de nombreux forages ne sont pas positifs. Selon une étude récente, seulement 46% des puits sont entretenus, et le taux de réussite des forages est de 36,12%. Les infrastructures de retenue d’eau (comme les barrages, mares) sont inexistantes et sont pourtant vitales pour la recharge de la nappe et l’abreuvement des animaux. C’est pourquoi nous pensons qu’une des solutions passe nécessairement par la maitrise des eaux de ruissèlement.

2 – Le peu du tapis herbacé qui a poussé a été vite raclé par les animaux, dont les effectifs ont été grossis par le cheptel du Sud Algérien lui aussi affecté par le déficit pluviométrique. Pas de politique de culture  fourragère et le couvert végétal se dégrade considérablement sans aucune perspective de régénération.

3 – Le cheptel, seul produit d’échange des éleveurs, s’est retrouvé ainsi dans un tel état physique très faible au point que les marchés ne proposent que des prix d’achat visant clairement la paupérisation des éleveurs. Le mouton qui en temps normal se vendait a 65000 Cfa (100Euro), à cause de son  amaigrissement exagéré ne se vend plus qu’a 10.000 Cfa (15Euro). De ce fait il est très difficile à ceux-ci, voire impossible, d’accéder aux produits essentiels des marchés, notamment aux céréales pour leur propre alimentation et à l’aliment bétail pour le cheptel. Aliment bétail qu’il faut acheter à Kidal et acheminer parfois très loin à l’intérieur de la Région. Déjà en 2009 la situation alimentaire ne cessait de se dégrader dans toute la zone. Car selon les résultats d’évaluations du système d’alerte précoce sur la situation alimentaire, les 11 communes de Kidal qui constituent la région, sont déclarées «  zones à  risque alimentaire »  à cause d’une campagne 2009 2010 très déficitaire en pluviométrie.

4 – Des maladies, favorisées par les carences alimentaires inévitables en pareils cas, sévissent déjà dans toute la Région, ce qui accroît les risques de pertes en bétails et l’angoisse des éleveurs. Quand on sait qu’un nomade se nourrit presque exclusivement de lait et de viande, du coup on assiste à une dénutrition très rapide des enfants, et de la population nomade en général à cause du dépérissement de leur bétail

« Le commissaire à la sécurité alimentaire au Mali annonçait déjà en octobre 2009, dans un compte rendu de mission en retour de Kidal que «le déficit n’a épargné aucune localité de la région de Kidal, qui souffre non seulement d’une mauvaise pluviométrie, mais aussi a subi les conséquences du changement climatique, car il n’y a pas assez d’eau ni pour les populations, ni pour les  animaux».

Comme je viens de le mentionner, cette région est donc défavorisée en eau de surface, à l’exception de quelques mares temporaires qui tarissent immédiatement après les dernières pluies, et l’abreuvement des animaux est rendu très difficile en dehors de l’usage des forages. La région est constituée a 90% de montagnes sur lesquelles rien ne pousse, ces montagnes aggravent le ruissellement ce qui fait que nous ne disposons d’aucun cours d’eau pérenne comme je le disais ci dessus. Les réserves en pâturage ne sont jamais suffisantes, à cause de l’étroitesse des oueds restées les seules terres arables  et la moindre goutte d’eau est un bien précieux. Mais nous aimons notre terre, et de siècle en siècle nous y perdurons avec notre mode de vie.

Nous insistons dessus des barrages doivent être nécessairement réalisés dans la région sur les oueds, pour permettre la recharge phréatique de la nappe profonde, et la régénération du couvert végétal.

Mais tous ces efforts ne doivent pas masquer la difficulté du quotidien pour la population. Grandes distances à parcourir pour rejoindre les points d’eau, faible débit et moyens rudimentaires d’exhaure.

La situation que je viens de décrire met en lumière la fragilité de ce maillage qui permet de pourvoir au besoin vital en eau pour la population et son cheptel.

Tout déséquilibre dans ce dispositif devient catastrophique pour les habitants de cette région.

Hors, les bouleversements climatiques que connaît le monde, ont des conséquences parfois très directes pour notre région. En 2010 encore, le spectre de 1973 nous rejoint. Nous sommes de nouveau confrontés à une sécheresse violente, et même plus grave que celle de 1973. A titre comparatif en 73 la période de soudure était comme ordinaire et n’a commencé qu’en Mai alors que cette année nous vivons la soudure depuis janvier. Un déficit en pluviométrie est déjà annoncé sur la planète entière. Si la situation alarmante d’aujourd’hui, ne s’améliore pas en juin-juillet, période traditionnelle de la saison des pluies ce serait la catastrophe à nouveau sinon la plus grave et c’est un cycle infernal qui se mettra en route :

  • déplacement anarchique, tensions et conflits
  • surpopulations dans les villes (comme Kidal), etc.…,
  • apparition de hameaux et camps sinistrés.

C’est tout l’équilibre même de la société de la région qui va se trouver menacé, alors que nous sommes attachés à remettre cet espace sur les rails du développement. Il faut qu’en priorité le socle d’une population, son  mode de vie, son existence même ne soient pas sans cesse menacés par une nature qui déséquilibre de plus en plus nos régions.

D’année en année le manque d’eau se fait sentir, le taux de pluviométrie baisse, et aucun projet de développement ne pourra être viable si nous ne pouvons assurer l’essentiel, c’est à dire l’eau.

Aujourd’hui nous manquons d’infrastructures, de forages, mais nous pourrions voir aussi ensemble ce qui pourrait être innové demain, quelles techniques pour sauvegarder la moindre goutte d’eau, conjuguer expérience et savoir, sauvegarder ce bout de notre planète commun a tous ou le  mot Economie est enracine dans notre patrimoine.

Mais aujourd’hui, au delà de tous les chiffres il y a une urgence. C’est la souffrance de toute une région face au manque d’eau, à l’élément vital de toute vie.   C’est une situation de véritable catastrophe qui se dessine si des mesures de sauvetage ne sont pas prises dès maintenant : sauvetage en produits alimentaires pour les éleveurs, surtout pour ceux qui sont éloignés des centres d’approvisionnement ; sauvetage en eau pour tous ces éleveurs et leur cheptel que les puits ne peuvent plus alimenter ; sauvetage en aliment bétail pour le cheptel qui commence déjà à mourir, notamment en subventionnant le transport jusqu’aux points d’eau ; sauvetage par des opérations de distributions gratuites exceptionnelles ; sauvetage en soins pour les animaux malades.

Le Gouvernement du Mali a débloqué 2 000 T de riz et 1 000 T d’aliment bétail. C’est vraiment  important, mais encore insuffisant face à l’ampleur et à l’urgence de la situation.

Fait à Kidal le 02 Avril 2010

Le Président de l’Assemblée Régionale de Kidal

Abdou Salam AG ASSALATT

BP 13 – Kidal (Mali)

Tel/fax : +223 21850099

Port : +223 66741818

assembleeregionalekidal@yahoo.fr

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