Yuksam 2002


  • 15- 19 avril 2002 – RENCONTRE DE YUKSAM DANS LE SIKKIM (INDE)
      • Déclaration de Yuksam :
      • Conclusions :

Pour consulter le site dédié à l’évènement : www.himalpeople.org

Rencontres régionales de Yuksam/Sikkim
15-19 avril 2002

Prise de Décision et Gouvernance Locale en Himalaya

La rencontre régionale himalayenne préparatoire à Quito a rassemblé 135 participants du Bangladesh, de l’Inde et du Népal, essentiellement des représentants des populations locales, d’ONG et de certaines administrations centrales et locales.
À l’ordre du jour : la gestion par les communautés locales de leur propres ressources, la maîtrise de leur économie, de leur vie sociale et de leur développement, à travers la présentation d’exemples précis d’innovations communautaires, soit techniques, soit dans le mode de gestion d’une ressource, visant à pallier la détérioration des conditions socio-économiques des montagnes et les disparités croissantes avec les plaines.
La réflexion sur le développement s’est posée en termes de ruptures avec des structures sociales et administratives oppressives, tant aux niveaux locaux que régionaux, et en termes de continuité avec un trait culturel himalayen très fort, une relation spirituelle profonde et étroite avec la nature.
Par la gestion de leurs ressources ou d’activités de production qui leur étaient jusque là interdites, ces populations, notamment les plus opprimées — le plus souvent des femmes — se sont démontrées à elles-mêmes, en même temps qu’aux autres, leur capacité d’autonomie et d’action.
En se réappropriant la transmission de leurs savoirs et de leur valeur, ainsi que des connaissances venant du monde extérieur, certaines de ces populations s’inscrivent en rupture avec les idées communément admises que l’antagonisme entre innovation et culture locale est rédhibitoire et qu’elles sont incapables d’évoluer et de s’adapter — alors qu’elles n’ont cessé de le faire au cours de l’histoire.
Les communautés locales revendiquent le pouvoir de prendre les décisions affectant leur territoire et leurs ressources, un droit de regard sur l’éducation et la culture, les systèmes de communication et de santé, et la maîtrise des finances.
Ci-joint un résumé des conclusions des 3 sessions et la présentation de l’Himalaya à communiquer à Quito. Ces documents sont le résultat d’un travail collectif d’analyse des présentations et des discussions.
La décision a été prise de créer des branches nationales et régionales de l’APMM dans l’Himalaya pour poursuivre ce travail et permettre l’échange avec les zones de montagne des autres parties du monde, pour faire émerger une conscience de la spécificité montagnarde en tant que telle et sa prise en compte dans le contexte actuel de la globalisation.

Présentation de l’Himalaya à Quito par les délégués de Yuksam.

Introduction aux montagnes de l’Himalaya

C’est le partage de traits physiques accentués et contraignants (pente, altitude, fragilité de l’environnement, éloignement, environnement sauvage) qui fait l’unité de la montagne himalayenne.

De ces traits physiques, les populations ont fait des atouts

  1. Proximité, respect et spiritualité dans la relation à la nature
  2. Homogénéité locale des nombreuses micro-cultures et solidarité au sein des communautés locales
  3. Diversité régionale des cultures et des écosystèmes
  4. Diversité, complémentarités des ressources et systèmes de production au niveau régional et interrelations directes entre eux grâce au troc et aux relations interpersonnelles
  5. Migrations saisonnières permettant notamment l’introduction et l’adaptation d’innovations techniques

Mais ces atouts ont progressivement évolué en freins, et le processus s’est accéléré récemment. Voici quelques unes des causes de cette évolution :

Pourquoi les atouts se sont-ils mués en freins ?

  1. Des structures administratives et des règlements imposés de l’extérieur ont remplacé les structures locales et endogènes de prises de décisions, privant ainsi les communautés locales de leur capacité à gérer leurs ressources et leurs territoires, et de s’adapter en toute autonomie aux nouvelles conditions et défis. Cf. les lois restreignant l’utilisation des forêts et pâturages.
  2. Application non raisonnée de règlements et de règles inadaptés, conçus pour des conditions de plaines, notamment pour ce qui concerne les programmes scolaires, mais aussi les quotas (points d’eau, écoles, postes de santé, cliniques vétérinaires…)
  3. La croissance démographique a accru la pression sur la ressource naturelle.
  4. La création de routes, sans préparation préalable à la compétition que font subir les productions de plaine et la globalisation à l’agriculture et l’artisanat locaux.
  5. Certaines coutumes et traditions inhibent pour l’instant le processus de développement.

Les conséquences de cette évolution sont nombreuses, et certaines sont communes à la majorité des régions de l’Himalaya :

Conséquences

  1. Perte de pouvoir d’initiative au niveau local et culture de l’assistanat
  2. Perte de cohésion et de solidarité sociales
  3. Discrimination sociale des populations de montagnes et discrimination sexuelle accrue au sein des sociétés montagnardes
  4. Manque d’éducation et d’information adaptées
  5. Système de santé inadapté, d’autant que le savoir faire local, d’une certaine efficacité en son temps, a été perdu dans une large mesure
  6. Fragilité et détérioration de l’environnement accrues
  7. Perte de compétitivité des produits locaux à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de la montagne et absence d’alternatives en activités productives
  8. Exploitation indue et sans compensation de la ressource montagnarde par l’économie externe
  9. Surpopulation ou incapacité de tirer avantage des ressources locales entraînant des migrations à long terme ou définitives pour des emplois peu payés
  10. Appauvrissement des populations

Des mesures urgentes à effet immédiat s’imposent :

  1. La gestion des ressources locales devrait être confiée en toute responsabilité à leurs utilisateurs, ce qui implique une compensation équitable en cas d’utilisation extérieure de ces ressources (régions de l’aval, plaines, villes…).
  2. Implication égale des femmes dans les secteurs sociaux, économiques et politiques. L’égalité des sexes doit être au cœur de toute initiative de développement.
  3. Institution de systèmes de gouvernance locale permettant une gestion holistique et démocratique du territoire et participative des ressources.
  4. Pour être exercées efficacement, les fonctions devraient être décentralisées au niveau de leur application, en respectant le principe de subsidiarité. Cela inclut les services d’éducation (notamment les programmes scolaires), de santé, d’équipement, de gestion des ressources naturelles (eau, forêts, etc.)…
  5. La dévolution des décisions et des fonctions au niveau local doit être suivie d’une égale dévolution de l’autorité financière.
  6. Transparence et contrôles respectifs de tous les niveaux de décision doivent permettre d’empêcher les détournements d’autorité et de finances.
  7. Les lois et politiques de développement et de gestion doivent pouvoir être constamment adaptées aux spécificités locales.
  8. Identification de productions et d’activités labellisées afin d’améliorer la compétitivité des régions de montagne et d’assurer l’équité et la durabilité des systèmes de production montagnards. Pour ce faire, des recherches scientifiques et techniques, des politiques et des institutions spécifiques sont nécessaires.
  9. Préservation et promotion des langues et cultures régionales, notamment par la préservation et la transmission des connaissances des anciens.
  10. La communication et l’information à l’intérieur et entre les régions de montagne du monde doivent être développées afin de permettre la comparaison de réponses diverses à des problèmes comparables, l’échange, l’adoption et/ou l’adaptation des techniques et innovations locales.
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