Tripuradevi 2005


Compte-rendu de la réunion APMM Inde
des 9-10-11 avril 2005

Compte-rendu en anglais de Rashmi Bharti

L’objectif premier de la réunion était de relancer la dynamique de Yuksam (www.himalpeople.org), qui devait aboutir à la création d’un lieu où les gens de montagne pouvaient, eux-mêmes, parler de et faire connaître leurs situations et leurs façons de les envisager et de vouloir y faire face.
Le premier jour, ont été abordés précisément les problèmes inhérents à la commercialisation des produits de montagne et à la spécification de leur origine. Le deuxième jour fut consacré à la création de l’APMM Inde.

Première journée : le « label montagne »

Après la présentation des enjeux liés à la création d’un label, des spécialistes indiens sont intervenus sur la question des spécificités de chacune des options possibles : marque, label, appellation, etc. Ils ont ensuite développé deux exemples concrets : l’agriculture biologique et une marque déposée artisanale (Craft Mark).
Ces interventions ont nourri les discussions des ateliers qui se sont tenus dans l’après-midi. Chaque atelier a ainsi réfléchi aux possibilités et contraintes d’un label dans les domaines :
– des ressources naturelles commercialisables : herbes et plantes médicinales et tinctoriales, produits organiques, énergie
– de l’art et de l’artisanat : culture, textiles, produits à base de bambous et de bois,
– du tourisme : tourisme de communauté villageoise, pèlerinages et retraites spirituelles, excursions et expéditions en montagne, tourisme d’aventure
Après la présentation et la discussion du travail de ces ateliers, un exposé sur les aspects légaux, contraintes et coûts de la certification a été proposé.
Au terme de cette journée, il est apparu que la perspective d’avoir une dénomination ou une marque déposée, désignant, non un processus de fabrication ou un lieu, mais la société qui vit dans ce lieu et sa manière d’incarner les valeurs universelles propres à ce type de lieu, c’est-à-dire la montagne, répondait parfaitement à une attente diffuse en Himalaya qui ne savait pas encore selon quelle modalité s’exprimer.
Compte tenu des coûts et des contraintes d’une véritable certification, d’une part, et des risques d’exclusion de nombreuses communautés (faible niveau économique, savoir-faire encore insuffisant…), d’autre part, il est décidé de privilégier le dépôt d’une marque « Proposé par les gens de Montagne ».
Les propriétaires en seraient les APMM nationales ou régionales. Elles se référeraient précisément à la Charte, à ses exigences de rigueur et à sa volonté d’assurer l’avenir choisi des populations de montagne et de leurs territoires. Il s’agirait ainsi d’une déclaration d’intention, de la preuve que les producteurs en question sont dans le processus décrit et impliqué par la Charte. Les spécificités de chaque produit ou activité et le niveau atteint dans les différents domaines (qualité, matières premières, processus de production, insertion dans la vie locale…) seront clairement indiqués sur les étiquettes des produits ou sur les informations détaillant les activités des producteurs. Le droit de se revendiquer de cette marque serait accordé non tant à des produits ou des activités qu’à des producteurs (communautés ou individus), ce qui permettrait de garantir que la démarche est intégrée et bien spécifique à l’esprit des gens de montagne.

Deuxième journée : l’APMM Inde

Dans un premier temps, l’état actuel de l’APMM en Himalaya fut exposé.
La principale difficulté consiste à faire participer plus activement les membres du premier collège à la vie et à l’organisation des APMM himalayennes. Trois raisons principales à cela :

  • la multiplicité des langues et la faible connaissance générale de l’Hindi ou de l’anglais ;
  • le fait que les clivages sociaux et économiques les plus puissants traversent les populations à l’intérieur même des “communautés” himalayennes et ne recouvrent pas – ou en une modalité peu visible – comme ailleurs dans le monde la césure plaine-montagne ou ville-campagne ;
  • de ce fait les élus ne représentent pas vraiment la totalité de la population, en tout cas très peu les secteurs qui intéressent le plus l’APMM (« donner la parole à ceux qui ne l’ont pas »).

Puis furent discutées les différentes étapes pour créer une APMM Inde viable et active.
Dans un premier temps, il est choisi de consolider les réseaux locaux à partir des personnes déjà impliquées avant de chercher à les développer. La finalité de ces réseaux est bien à la fois une action très concrète (comme celle de la certification) et une réflexion et une action sur les politiques de la montagne et les processus de prise de décision.
Vu l’extension de l’Himalaya indien et l’impossibilité d’y circuler sans en sortir, des APMM propres à chaque état ou chaque groupe d’états concernés seront crées.
Les “droits d’entrée” et les cotisations ont été discutées et fixées.
Des réunions propres à chaque APMM seront organisées selon les principes de cette réunion, notamment en Uttar Anchal. Il est également décidé d’organiser une foire des plantes tinctoriales et médicinales, doublée d’un séminaire de spécialistes de la région himalayenne dans ces domaines, avec le projet à court terme de fonder un conservatoire et un centre de recherches et de dissémination sur ces sujets, situé à Tripuradevi. À ce séminaire pourraient être invités des Himalayens de toute la chaîne, bien sûr, des Européens (couleur Garance, notamment qui fonde en ce moment un centre du même genre dans le sud de la France) et des Andins (notamment des villageois du centre de la pomme de terre de la région de Cusco qui s’efforcent de maintenir l’utilisation de plantes tinctoriales et ont émis le souhait d’y être aidés par des informations techniques, notamment).

Le troisième jour fut consacré à une promenade en montagne où des groupes se sont formés pour poursuivre et approfondir les discussions des deux jours précédents et à un déjeuner préparé par les habitants du village de Saukyura, de l’ethnie des Shauka. Déjeuner d’une saveur et d’une cordialité profondément émouvantes mais, pour finir, pas étonnantes du tout !
À nouveau, un élan très profond, une grande ferveur ont animé les participants dont la référence au lien spirituel (teinté ou indépendant de toute religiosité) entre les populations de montagne et leurs territoires est constante et source constamment renouvelée d’action et de projection dans l’avenir.

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