La Paz 2005


Compte-rendu de l’atelier régional de La Paz (Bolivie, 20-22 sept 2005)

• 20-22 septembre 2005 : Rencontre régionale Andine – ConamaqVsf-Cicda-APMM – à La Paz (Bolivie) : « Territoires, Autonomies et Etat »

Le séminaire s’est conclu par la déclaration des « peuples de montagne des Andes », adoptée à l’unanimité. Les signataires y revendiquent leur droit à vivre sur leurs territoires selon leurs propres règles et coutumes ancestrales au sein d’un Etat pluriculturel. Ils demandent que la maîtrise des ressources naturelles leur soit restituée au bénéfice de tous. Ces autonomies ne sont pas envisagées comme un isolement, mais au contraire comme une solidarité nouvelle entre territoires de montagne et zones de plaine.

Actes de La Paz :

Rencontres Andes à La Paz
20-22 septembre 2005

ATELIER REGIONAL : TERRITOIRES INDIENS, AUTONOMIES ET ETATS

ACTES DE LA PAZ :

DECLARATION DES PEUPLES DE MONTAGNE DES ANDES ADOPTEE A LA PAZ (BOLIVIE)

le 22 septembre 2005, par les participants du séminaire « Territoires indigènes, autonomies et Etat »).

Programme

Coordination :
Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (VSF-CICDA)
APMM, Association des Populations des Montagnes du Monde
CIOEC
CONAMAQ
KAWSAY

Avec l’appui de :
L’Ambassade de France en Bolivie
La Délégation de la Coopération Française pour les Pays Andins (Bogotá)
Agronomes et Vétérinaires sans Frontières (VSF-CICDA)
APMM, Association des Populations des Montagnes du Monde

Dates :
20 au 22 septembre 2005
3 jours additionnels (optionnels) de visite à la zone Intersalar (23-25 novembre)

Lieu :
LA PAZ – BOLIVIE

Justification de l’atelier

L’intégration andine et le fait politique indien aujourd’hui
L’espace andin est riche d’une longue histoire précolombienne qui a vu l’épanouissement de nombreuses cultures et civilisations dont la dernière en date avant la conquête espagnole a laissé son empreinte à l’échelle de la région : l’empire inca. Celui-ci s’est étendu depuis le Chili jusqu’au sud de la Colombie, en organisant une complexe mosaïque de territoires et cultures en espace commun tirant parti de l’extrême diversité géographique et biologique. La conscience de ce passé commun se retrouve toujours présent dans les dynamiques régionales actuelles, notamment pour les pays à forte population et mémoire indigène du cœur de cet espace : Pérou, Bolivie, Equateur, Colombie : c’est le fait politique indien devenu protagoniste majeur à l’échelle de la région aujourd’hui. Le partage d’une même langue, l’espagnol, mais aussi de langues amérindiennes parlées sur de larges échelles ainsi que l’imposition de la même religion catholique en favorise l’expression.

L’instabilité des pays andins
C’est le leg de la conquête espagnole (première mondialisation) par la colonie avant que celle-ci ne soit découpée en états nations constituées par les élites créoles sur le modèle démocratique européen puis américain. Celles-ci se sont opposées et déchirées pour le contrôle des ressources naturelles et l’époque contemporaine jusqu’à aujourd’hui en donne toujours l’écho avec des conflits territoriaux non résolus : accès à la mer de la Bolivie face au Chili, qui a repris une importance clé dans le contexte actuel autour de l’exploitation du gaz, fin des conflits territoriaux entre le Pérou et l’Equateur, etc.

Les Andes restent une zone de fracture marquée par des instabilités politiques et sociales constantes, toujours menacées par des crises internes longues et douloureuses : sentier lumineux au Pérou, « La Violencia » en Colombie depuis 50 ans (outre les morts, des millions de réfugiés intérieurs et d’émigrés), la crise vénézuélienne, la menace de guerre civile évitée de peu en Bolivie dans les derniers mois.

Dans ce contexte, les mouvements et groupes indiens revendiquent depuis des années une plus grande considération et le respect de leurs propres cultures, de leurs pratiques et règles de gestion publique et territoriale, finalement une plus grande reconnaissance de leur rôle dans la vie économique et sociale de ces nations. Certains peuples indiens considèrent que ces 500 ans de modèle républicain et démocratique n’ont pas changé en profondeur leur situation, alors que parallèlement, les résultats macro-économiques de ces Etats semblent montrer une croissance économique forte. Dans tous les pays andins, les processus de décentralisation n’ont pas non plus répondu aux nécessités et revendications des mouvements et groupes indiens.

Avec le passage aux politiques ultra libérales dans les années 90, et sous la pression des Etats Unis, on est passé de l’intégration au libre échange à marche forcée : la ZLEA (ALCA), accord et zone de libre échange pour le continent décidé par les Etats Unis devait entrer en vigueur dès 2005. Devant les résistances et depuis surtout l’échec de la Conférence de Cancun, les Etat Unis ont choisi la voie de la négociation bilatérale avec chaque pays indépendamment, pour établir des Traités de Libre Commerce.

Les nouveaux enjeux de la globalisation pour les populations

Une grande majorité de la population n’attend rien de ces accords, vivant en situation de « pauvreté » structurelle, relevant politiquement des seuls programmes de « lutte contre la pauvreté  » des organisations internationales. Face à cette dualisation des espaces et des sociétés et aux politiques uniques du système international, les mouvements culturels, sociaux, politiques en arrivent à contester cette démocratie représentative qui a toujours signifié pour eux domination, exclusion et apartheid. Les luttes contemporaines pour la justice sociale, l’insertion économique en témoignent, notamment la période des réformes agraires des années 60 et 70.

Aujourd’hui, dans cette nouvelle phase de globalisation, ce sont les mouvements populaires et indigènes qui sont moteurs et acteurs de résistance face au désengagement des territoires par des états repliés sur les enclaves compétitives à l’échelle internationale. Cette globalisation produit de violentes fractures territoriales notamment dans les Andes où la richesse et la population se concentrent dans les pôles côtiers (Pérou, Equateur), et tropicaux (Bolivie) et laissent à la dérive les espaces de montagne moins compétitifs. Ces espaces essayent d’imposer des systèmes de plus grande autonomie pour laisser à part ces espaces montagnards considérés comme peu compétitifs et « facteurs de retard ».

Au même moment, les opportunités existantes et d’ores et déjà reconnues quant à certaines formes d’autonomies pour des groupes indiens dans les pays andins (cabildos indígenas en Colombie, TCO en Bolivie, etc.) les invitent à renforcer des instances locales et traditionnelles de gestion des territoires pour développer des modes innovants de gestion publique et territoriale et ré-inventer des formes de démocratie locale. Des modèles d’organisation et de développement sont expérimentés, qui partent toujours du territoire et de l’identité comme porteurs de valeurs comme la démocratie participative et le développement durable. Ces initiatives se trouvent parfois en parfaite articulation avec l’Etat, mais aussi dans d’autres cas en rupture avec l’Etat « centralisateur ».

En Bolivie par exemple, le recoupage administratif se superpose à des structures historiques et ethniques (suyus, markas, ayllus), et dans certains cas est devenu sources de conflits.

Dans ce contexte à la fois de menace permanente et de retrait de l’état, « la société civile » est au cœur des enjeux dans les Andes. Ces sociétés civiles se réorganisent, se renforcent à la fois pour lutter mais aussi pour redéfinir ce qu’elles veulent. Elles se reconnaissent et se réclament de leurs caractères multi-éthniques, multiculturels, multi-linguistiques pour faire valoir et légitimer d’autres modèles de démocratie et de développement qui soient intégrateurs et non excluants comme cela est trop souvent le cas actuellement.

La problématique des territoires indiens, des autonomies et de leur articulation avec les Etats et leurs institutions devient donc aujourd’hui fondamentale pour penser le futur des équilibres politiques dans les Andes et des formes de développement.

Cette réflexion a été portée par diverses voix et points de vue par des représentants élus indiens des Andes (Sénat, Parlement, Mairies) et des représentants socialement reconnus de mouvements indigènes dans les Assemblées et bureaux de l’Association des populations des montagnes du monde (APMM – Achocalla 2001, Quito 2001, Ispoure 2003, Turin 2004). Créée en 2001, l’APMM regroupe des représentants élus ou socialement reconnus des populations de montagne, des représentants d’organisations de la société civile (parmi lesquelles VSF-CICDA) et des chercheurs et personnes-ressource qui partagent avec ces populations leurs expériences et connaissances. Cette association internationale a défini un objectif central pour son action : « un développement équitable et durable des populations et territoires de montagne ». Depuis plus de trois ans, des liens de solidarité, échanges et collaboration se sont tissés entre populations de diverses régions du monde, et en particulier de la région andine qui toutes se reconnaissent entre elles par leur appartenance et leur enracinement culturel et identitaire dans des territoires de montagne.

Ces interrogations ne sont pourtant pas une spécificité andine : le débat existe dans d’autres régions du monde, à commencer par l’Europe. D’où la volonté des organisateurs d’ouvrir cet espace de réflexion en invitant des représentants de la région andine mais également d’Europe, en s’appuyant pour cela sur les réseaux régionaux d’ores et déjà constitués au cours des trois dernières années et de la capacité de convocation de l’APMM.

Organisé par VSF-CICDA en collaboration avec l’APMM, le CONAMAQ, CIOEC et l’ONG bolivienne KAWSAY, et avec le soutien du Ministère français des affaires étrangères, cet atelier s’inscrit dans trois dynamiques parallèles :

  • la réflexion aujourd’hui au cœur de l’actualité bolivienne autour de l’Assemblée Constituante en cours de conformation, qui pourrait remodeler les relations entre l’Etat et les différents territoires avec leurs spécificités ;
  • les échanges déjà mis en oeuvre grâce à l’APMM par les élus et représentants des mouvements indiens andins au niveau régional sur la reconnaissance de leurs territoires et leur articulation avec les Etats ;
  • finalement, la préparation de la Conférence Inter-gouvernementale qu’organisera l’Etat français en 2006 avec l’APMM, et qui permettra que des populations de montagne puissent faire part de leurs propositions au niveau mondial avec leurs gouvernements respectifs.

Les thématiques de l’atelier :

Quelques interrogations majeures seront au coeur de l’atelier :

  • Comment interpréter la vision culturelle indigène des territoires, entre Pacifique et Amazonie au niveau de la région andine? Comment s’inscrivent dans cette vision les demandes locales d’autonomie des populations indigènes ? Quelles sont les dynamiques nationales en rapport avec la reconnaissance des territoires et des autonomies ?
  • Quelles sont les possibilités d’articulation entre la territorialité indienne et certaines formes d’autonomie de gestion et l’Etat au niveau central ou décentralisé ? Quelles sont les initiatives déjà existantes dans différents pays ou régions ?
  • Dans les Etats nations andins, comment penser l’articulation, les complémentarités et la redistribution équitable des ressources entre zones andines et de vallée, tropicales ou côtières ?

Objectifs de l’atelier (provisoires)

  1. Connaître, échanger et mutualiser les initiatives de différents secteurs et pays andins pour la reconnaissance officielle des territoires et peuples indiens (qui ont chacun une identité forte et une vision propre de « leur » développement), et de formes innovantes d’autonomie.
  2. Enrichir le débat en Bolivie et dans les pays andins sur les articulations possibles et formes de coopération et complémentarité de fonctions entre cette territorialité indienne et les institutions des Etats républicains, en considérant le cadre de la décentralisation en marche dans les pays andins.
  3. Connaître et mutualiser des initiatives de construction d’autonomies culturelles et économiques locales dans d’autres régions du monde, de manière concertée et articulée avec les Etats, et plus spécialement en France et d’autres pays européens.
  4. Construire finalement des propositions pour la Conférence inter-gouvernementale de la Montagne (Paris – 2ème semestre 2006)

Une couverture de l’évènement par la presse nationale avant, durant et après l’atelier sera organisée afin de diffuser largement l’existence et la thématique de l’atelier au niveau national.

Participants (liste provisoire)

Bolivie * Pérou Equateur Colombie Europe ** Chili Total
76 5 6 3 15 2 107

* inclus : représentations institutionnelles présentes en Bolivie
** personnes externes (APMM, Elus, VSF-CICDA France, INRA, etc.)

  • Représentants de l’Assemblée Constituante (si déjà formée)
  • Représentants des Ministères boliviens concernés (Ministère des Affaires indiennes, etc.)
  • Représentants des mouvements indiens et organisations paysannes des pays andins (Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie, Argentine et Chili)
  • Représentants élus des Parlements et collectivités territoriales des pays andins (Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie) et d’Europe (France, Espagne, etc.)
  • Représentants de la CAN, de la CSN, de la Commission Européenne, et d’autres agences de coopération bi et multilatérales (PNUD, SDC/COSUDE, DANIDA, DFID, etc.) et du Ministère français des affaires étrangères.
  • Représentants des organisateurs et d’autres agences de recherche et développement européens : IRD France, IBIS Danemark, OXFAM Amérique, etc.

Programme proposé

L’atelier régional aura lieu sur une durée de 2 jours ½ .
A la suite de l’atelier, une visite sur la zone Intersalar sera organisée pour les personnes venant d’Europe ou d’autres pays andins.

Programme provisoire :
Inauguration officielle : à définir
• Responsable Assemblée Constituante
• Ministère des Affaires Indiennes
• CONAMAQ
• APMM

1er groupe d’exposés : Territorialité et culture
2do groupe d’exposés : Les dynamiques nationales
Puis travaux de groupe (2) sur deux thématiques centrales :

  • (a) Relations, articulation et complémentarités Andes, Vallées, Tropiques et Côte : comment concevoir des relations entre ces espaces à partir des autonomies ?
  • (b) Autonomies et Etats : quelles inter-relations et complémentarités ?

Exposants potentiels et participants andins / européens :
Colombie :
Efren TARAPUEZ – Sénateur Indien de la République de Colombie : La complementariedad de los espacios a nivel transversal andino
Gumer DAMIAN ou Sergio ALVAREZ – Assesseurs du Senador Tarapuez
Marie-Thérèse FIDJI – Fondation Colombia Nuestra
Bolivie :
Vicente FLORES – Apu Mallku CONAMAQ
Epifanio PACHECHO – CONAMAQ
Javier ALBO (ou un autre intellectuel bolivien)
Fernando MENDOZA – Assesseur CONAMAQ : El espacio Qollasuyu
Voir participants séminaire « Indígenas en la política »
Equateur :
Ricardo ULCUANGO – Député Pachakutik – Président du Parlement Indien
Luis MACAS – Président de la CONAIE (ex Ministre de l’Agriculture)
Paulina PALACIOS
Jorge LEON
Pérou :
A préciser
France / Europe :
A définir

Contacts : Agronomes et Vétérinaires sans Frontières
Roberto APARICIO
Agrónomos y Veterinarios sin fronteras Bolivia
e-mail : r.aparicio@avsf.org

Frédéric APOLLIN
Agronomes et Vétérinaires sans frontières France / APMM
e-mail : f.apollin@avsf.org

Michel LAFORGE
Agrónomos y Veterinarios sin fronteras Andes – Coordination Régionale Pays Andins
e-mail : m.laforge@avsf.org

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