Forum Mondial sur l’Accès à la Terre


Valencia (Espagne)

Compte-rendu

 

  • Contexte

 

Le Forum Mondial sur l’Accès à la Terre (FMAT) fait suite au Forum Mondial sur la Réforme Agraire (FMRA) de 2004 et à la Conférence Internationale sur la Réforme Agraire et le Développement Durable (CIRADR) de 2006.

Le FMAT 2016 a été organisé par l’Association pour l’Amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l’Eau et des Ressources Naturelles (AGTER) et du Centro de Estudios Rurales y Agricultura Internacional (CERAI). Il a rassemblé plus de 400 personnes venues du monde entier.

L’APMM a déjà collaboré avec le CERAI par le passé, notamment lors de la 1ère Rencontre des Populations des Montagnes d’Afrique du Nord en novembre 2006 à Nador (Maroc) ainsi qu’au 1er Forum Mondial des Producteurs de cultures illicites en janvier 2009 à Barcelone (Espagne).

Les membres de l’APMM se sont rendus à ce Forum avec pour ambition de porter à la connaissance des participants les difficultés rencontrées par les populations de montagne. Outre la particularité géographique de ces territoires souvent isolés et exposés aux activités extractivistes, la question de la reconnaissance du droit des peuples autochtones était primordiale.

Il s’agissait aussi d’une étape supplémentaire dans « La Route de Marrakech » afin de mobiliser les acteurs engagés sur la question du changement climatique et du droit des peuples autochtones.

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  • Les participants de l’APMM

Jean BOURLIAUD, Vice-Président

Margarita HUAYHUA, Membre de l’APMM Andes

Saïd KAMEL, Membre du Bureau International

Gérard LOGIE, Membre du Comité Technique

Kamira NAIT SID, Vice-Présidente pour le Nord de l’Afrique

Thibault PLASSART, Directeur

  • Les interventions pendant le Forum

Lors des temps de parole accordés aux participants lors des séances plénières et des ateliers, les membres de l’APMM sont intervenus à plusieurs reprises :

  • Kamira NAIT SID en séance plénière: Les territoires de montagne sont menacés par le changement climatique, le tourisme de masse, les barrages. Il n’y a plus d’eau dans les montagnes pour irriguer les champs. Beaucoup de montagnards abandonnent leur territoire car il n’y a plus de travail. En Kabylie, de nombreux villages sont vides. Ce n’est pas seulement le territoire que les montagnards quittent mais aussi leur identité, leur langue, leur culture. Beaucoup de montagnes se vident à travers le monde. Au-delà de la désertification des territoires, des cultures et des civilisations sont en voie de disparition.
  • Saïd KAMEL en séance plénière: L’APMM Maroc a créé une association pour une agriculture alternative. Des arbres comme l’amandier, le cerisier, le pommier ont été distribués aux communautés locales. Les produits sont là mais la difficulté est de les commercialiser. Pour y remédier, des coopératives ont été créées. Les habitudes de consommation des citadins n’encouragent pas ce type de commerce. Nous avons donc besoin d’une politique régionale ou internationale pour valoriser les produits de terroir.wp_20160401_013
  • Kamira NAIT SID lors de l’atelier Gestion des ressources naturelles par les peuples. Peuples indigènes. Biens communs: Message de la commune d’Imider au Maroc en grève depuis 2011 pour dénoncer pacifiquement l’exploitation d’une mine d’argent sur leur territoire qui a causé des dégâts énormes sur l’environnement. Cette activité se poursuit sans considération des populations locales. Les habitants ne sont pas forcément contre l’exploitation de cette mine qui est l’une des plus grandes d’Afrique et la seule mine d’argent au Maroc. Mais le village n’est pas équipé en routes, écoles et centres de soin. L’eau potable a été déviée vers cette mine. L’eau disponible est quant à elle polluée provoquant des dégâts considérables sur les animaux et la terre. La seule réponse des autorités marocaines a été la répression.

En ce qui concerne les peuples autochtones, il ne faut pas oublier tout le travail accompli depuis deux décennies. Au niveau des Nations Unies par exemple, il y a eu l’adoption de la déclaration des droits des peuples autochtones. Mais tous ces textes ne sont pas contraignants, ce qui ne change finalement rien à la situation de ces communautés. Au niveau national, le pouvoir de décision doit revenir aux populations locales qui savent mieux que personne comment gérer leur territoire.

  • Jean BOURLIAUD, lors de l’atelier Renforcer les organisations paysannes, pastorales, indigènes, de pêcheurs. Elargir les alliances dans la société: Face à des politiques agricoles générales, comment obtenir des politiques spécifiques qui n’ont pas les mêmes conditions de productivité et de compétitivité que les autres ? L’agrobusiness occupe les plaines mais la forêt, la mer et la montagne ne sont pas égales face à ce modèle et devant les pouvoirs. L’APMM est une alliance de ces territoires marginalisés et ignorés qui réunit les organisations professionnelles, ONG et les représentants de bonne volonté. La première dimension est celle de la reconnaissance de ces territoires à-travers la dignité et la singularité de chaque espace, c’est-à-dire l’identité qui lie un groupe à son territoire. Lorsque l’APMM a été créée, la première question était celle de la valorisation des territoires de montagne. A présent la première interpellation des populations concerne la spoliation des territoires, de l’eau, des mines. Cette dimension extractiviste du système libéral affecte profondément tous les espaces. Derrière la résistance à l’occupation et à l’exclusion, les populations doivent pouvoir faire valoir leur projet de vie face à des pouvoirs qui les ignorent. Les organisations doivent se rassembler autour de leurs points communs. L’APMM s’organise pour être présente à la COP22, c’est un lieu où les organisations de la montagne, de la forêt, de la mer peuvent faire valoir leurs alliances. Les populations locales ont des leçons à donner à ceux qui les occupent sur les défis de la planète (ressources finies, carbone, etc).
  • Kamira NAIT SID, lors de l’atelier Renforcer les organisations paysannes, pastorales, indigènes, de pêcheurs. Elargir les alliances dans la société: Dans beaucoup de pays pauvres, la société civile est démunie car elle ne connait pas le droit applicable. La sensibilisation et la formation peuvent renforcer la société civile. Des alliances entre ceux qui ont ce savoir-faire et les autres doivent naître. La création d’une base de données permettrait de mettre en commun toutes les expériences menées à travers le monde. La société civile a également besoin d’experts juridiques pour obliger les Etats à se conformer au droit international. Par une Marche mondiale pour la Terre qui débuterait à Marrakech, une terre autochtone, et qui se déplacerait d’un continent à un autre.
  • Saïd KAMEL, lors de l’atelier Renforcer les organisations paysannes, pastorales, indigènes, de pêcheurs. Elargir les alliances dans la société: Proposition concernant la COP22. L’APMM a lancé un programme appelé « La Route de Marrakech » qui consiste en une écoute des populations montagnardes au Maroc qui permettra de préparer un mémorandum à remettre à la COP22. L’APMM invite les associations de représentation des peuples à se joindre à l’APMM pour organiser un évènement commun avec des expositions, des séminaires, un mémorandum commun et une marche. Tout cela nécessite des moyens, des personnes et une bonne coordination. L’APMM peut assurer cette coordination. A la fin du mois d’août, l’APMM organise le Festival des Arts de Montagne. Lors de cet évènement, une réunion peut être organisée pour préparer la participation commune à la COP22.
  • Un pas de plus sur « La Route de Marrakech »

Pendant les ateliers, particulièrement ceux dont le thème portait sur les peuples autochtones, ainsi qu’en dehors des débats, les membres de l’APMM ont présenté le projet de « La Route de Marrakech » aux participants. Nombre d’entre eux ont exprimé un intérêt certain et ont été conviés à se retrouver au Maroc en août prochain à l’occasion du Festival des Arts et Cultures de Montagnes.

Le fruit de ses échanges a démontré l’envie des représentants des communautés de se rassembler lors de la COP22 pour une ou des actions communes lors de l’évènement.

  • Conclusion

Le FMAT 2016 a été très utile à l’APMM pour renforcer et créer de nouveaux liens avec des organisations représentatives de communautés.

Néanmoins, les membres de l’APMM ont regretté le manque de temps de parole consacré à la thématique des peuples autochtones ainsi que l’approche presque exclusivement scientifique des questions liées à l’accès aux terres.

Toutefois, les interventions de l’APMM ont permis de sensibiliser les rédacteurs du rapport final du Forum comme le démontrent les deux paragraphes suivants extraits du document :

15/  à  promouvoir  la  gouvernance  des  territoires  par  les  populations  qui  y vivent  (en  particulier  les  peuples  indigènes)  en  permettant  aux  communautés de  définir  les  règles  et  les  droits  d’usage  de  leurs  communs,  et  de  mettre  en œuvre  les  modes  de  vie  les  plus  conformes  à  leurs  choix  techniques, écologiques, économiques et culturels,

16/ à faire cesser immédiatement la répression dont sont encore trop souvent victimes  ceux  qui  luttent  pour  un  accès  plus  équitable  à  la  terre  et  aux ressources   naturelles,   et   à   appuyer,   partout   où   ils   se   manifestent,   les mouvements  de  paysans  pauvres,  de  paysans  sans  terres,  de  pêcheurs,  de peuples indigènes, de femmes et de jeunes qui luttent pour leurs droits,

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